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18.04.2006
Ibn Khaldun (1332-1406)
Lorsqu'on commence à s'intéresser à Ibn Khaldun, c'est souvent par l'entrée classique et austère de la Mukkadima, son grand oeuvre historique et sociologique. La préface d'un épais volume nous introduira alors dans l'antichambre de cette oeuvre devenue référence universelle.
En fait, comme souvent, il nous manque l'entrée biographique à la mesure du personnage ! Car Ibn Khaldun n'est pas un austère historiographe en chambre ; c'est bien plutôt un aventurier de son temps ! Premier ministre, étudiant surdoué, prisonnier dans les geôles de Fez, naufragé malheureux, exilé, recruteur de mercenaires dans les tribus Hilaliennes, juriste, courtisan moult fois traitre à ses protecteurs, il accompagne le sultan d'Egypte aux négociations avec Tamerlan...
C'est à la quarantaine qu'il s'attache à écrire ses ouvrages fondamentaux, marqués par la lucidité et le réalisme d'une vie éprouvée, et le cotoiement désabusé des hommes de pouvoir de son temps.
1 - La vie et l'oeuvre
Abd al-Rahman ben Muhammad Ibn Khaldun est né à Tunis, en 1332, dans une famille de la grande bourgeoisie andalouse, d'origine yéménite.
Il fait ses études à Tunis.
De 1350 à 1372 il est homme d'Etat, de cour et d'action politique, avec des fortunes diverses (deux ans de prison).
En 1372 il se retire dans la forteresse d'Ibn Salama en Oranie où il écrit son ouvrage fondamental :
- Muqaddima (1377), Discours sur l'histoire universelle, trad. fr. de Vincent Monteil, 3 vol. Beyrouth 1967-1969.
Cet ouvrage est une introduction à un ouvrage sur l'histoire universelle, le Kitab al-'Ibar (1375-1379).
Après cette retraite studieuse Ibn Khaldun enseigne à Tunis mais se heurte aux conservateurs et quitte définitivement la Tunisie pour l'Egypte en 1382. Il enseigne au Caire le droit et est magistrat.
En 1401 il négocie avec le Mongol Tamerlan le sort de Damas et meurt un an après ce dernier en 1406.
Selon certains auteurs Ibn Khaldun serait le fondateur de la sociologie.
Il est certain qu'il a de l'histoire une vision nouvelle au XIVème siècle et qu'on peut le considérer comme étant, avec Machiavel, l'un des précurseurs de la sociologie moderne.
2 - La science historique d'Ibn Khaldun
Selon cet auteur le réel est la source unique de ce qui est intelligible et en conséquence l'histoire scientifique a pour objet de saisir les rapports de causalité qui régissent ce réel.
L'on peut dire que le réel historique c'est la soif du pouvoir qui conduit les hommes de la société nomade à l'Etat, la base du pouvoir politique étant économique (A/) et la religion étant l'élément qui permet la cohésion sociale.
A - De l'économique au politique
L'activité fondamentale de l'homme est l'activité de production.
L'activité de production des hommes se déroule dans un cadre géographique qui exerce son influence en conditionnant la vie des groupes sociaux.
Il résulte de l'action des groupes sociaux dans un cadre géographique déterminé un certain mode de vie. Les différences entre les groupes sociaux dépendent essentiellement des différences qui existent entre leurs modes de vie économique.
Le mode de vie de la société nomade est basé sur la recherche de la subsistance, des moyens de survivre. Lorsque, les circonstances aidant, vient plus que le nécessaire et même une certaine richesse les nomades amassent des vivres, recherchent les beaux habillements, bâtissent de grandes maisons, construisent des villes.
Ainsi apparait la société des villes, la civilisation, l'Etat.
Ce travail constructif nécessite une souveraineté et une cohésion sociale.
L'homme est un animal agressif ce qui le conduit à la violence et à la domination mais ce qui le conduit également à la coopération avec ses semblables.Cette coopération dans la société nomade est basée sur les liens du sang, la Parenté, ce qui permet un esprit de corps.
La société des villes n'étant pas basée sur la parenté a besoin d'un pouvoir monarchique qui s'impose à tous, d'une souveraineté.
La souveraineté est décrite par Ibn Khaldun comme étant :
"une fonction noble et satisfaisante, permettant à son détenteur l'obtention de tous les biens et de tous les plaisirs, aussi bien corporels que spirituels ; c'est pourquoi elle fait l'objet d'une concurrence acharnée, et il est rare que quelqu'un la laisse échapper sans qu'il soit vaincu".
Cette souveraineté appartient au plus fort, à celui qui dispose d'un parti fort pour le soutenir.
Cependant l'Etat n'est pas à l'abri de la décadence car les habitants des villes se laissent volontiers aller à la paresse et les gouvernants à la corruption.
L'Etat décadent sera alors à la merci d'un chef nomade puissant qui s'emparera de la souveraineté.
Le nouvel Etat ainsi créé commencera par assurer ses bases, puis prospérera, puis entrera en décadence à son tour, et un nouveau cycle recommencera.
B - Du politique à la religion
La religion a une fonction d'ordre politique.
C'est elle qui permet l'esprit de corps donc le maintien de la souveraineté.
C'est la religion qui permet la cohésion sociale.
La religion est soumise à des déterminants de base qui sont géographiques, économiques, sociaux, historiques.
A chaque phase de l'évolution sociale correspond un comportement religieux. Et l'esprit de corps se dénature et se dissout en même temps que s'amenuise et disparaît l' esprit religieux.
15:30 Publié dans Ibn Khaldun | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
ibn kaldun a aussi une contemporalité puisqu'il rend social des conceptions souvent liées aux analyses religieuses: il s'oppose donc a un esprit providentiel, divinisant...
contre l'extremisme qui trouve son sens dans des theories troubles, l'apport d'ibn kaldun a ceci d'interessant...
Ecrit par : roi bourdieusien | 18.04.2006
Merci pour votre comment.
Oui, si l'on veut, mais attention à ne pas trop voir en lui ce que l'on veut y voir aujourd'hui !
Il reste qu'il a été Cadi, juriste officiel de l'orthodoxie malékite, et que pour lui, sans religion pas de société !
Même chose pour Averroès, que l'Occident a interprété comme un partisan de la séparation de la philosophie et de la théologie, alors qu'il a seulement défendu leur complémentarité, et qu'il a été un des grands juriste religieux de sont temps !
Ecrit par : Aslafy | 18.04.2006
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